Prévisions économiques trimestrielles

Un équilibre difficile

Beata Caranci, économiste en chef | 416-982-8067
Derek Burleton, économiste en chef adjoint | 416-982-2514
Thomas Feltmate, directeur | 416-944-5730
Leslie Preston, directeur général | 416-983-7053
James Orlando, CFA, directeur | 416-413-3180
Andrew Hencic, économiste principal

date publiée: 20 septembre 2022

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L’économie mondiale est en perte de vitesse et aucun facteur à lui seul n’explique cette léthargie. En Europe, une crise énergétique ébranle les finances des ménages et pèse sur la production industrielle. La Chine compose avec les répercussions du ralentissement de son secteur immobilier et des mesures strictes mises en œuvre pour maîtriser la COVID-19. En Amérique du Nord, les banques centrales resserrent rapidement leur politique monétaire dans le but de freiner la flambée de l’inflation, laquelle est alimentée par la reprise de la consommation dans la foulée des confinements et par l’épargne excédentaire. Les autorités monétaires du monde entier ont du pain sur la planche et de plus en plus de questions émergent quant à leur capacité à opérer un atterrissage en douceur : réduire suffisamment la demande pour juguler l’inflation, qui se situe à des sommets inégalés en 40 ans, tout en évitant de plonger leur économie dans une récession profonde ou prolongée. 

En résumé, les perspectives économiques mondiales se sont dégradées. Bien que l’Europe se dirige sans contredit vers une récession, on nous demande régulièrement si nous prévoyons une trajectoire similaire pour les États-Unis et le Canada. Cette question n’est pas la bonne. Les prévisions prennent en compte une période de stagnation de deux ans, assortie d’une cadence nettement inférieure à la tendance à long terme et d’une hausse du taux de chômage. Cette période de deux ans reflète la dynamique nécessaire pour réduire la pression exercée par l’inflation alimentée par la demande. Si l’élan économique devait s’inverser, cette période d’ajustement de l’inflation pourrait être réduite. Quoi qu’il en soit, il s’agira d’une étape pénible. Il n’existe aucune façon facile de sortir de ce cycle

Cette publication se concentre sur les données, mais si vous souhaitez en savoir plus sur les thèmes sous-jacents, nous vous invitons à consulter notre article de questions et réponses publié le 17 août

Autres prévisions

Échelle mondiale

  • Par rapport à nos prévisions de juin, nous avons revu à la baisse de 1,0 points de pourcentage notre prévision de croissance mondiale, pour l’établir à 2,8 % en 2022 (contre 2,9%). Les perspectives pour 2023 s’étant considérablement détériorées, la croissance devrait progresser de 2,2 %, en baisse par rapport à juin (2,7 %).
  • La crise énergétique qui s’enracine en Europe devrait nuire à l’économie à mesure que l’année progresse. La disponibilité limitée de gaz naturel témoigne du choc de l’offre qui réduit ultimement la capacité de production de l’économie. La mise en place de nouveaux canaux d’approvisionnement en énergie prendra du temps. Dans l’intervalle, certaines sociétés seront dans l’incapacité d’exercer leurs activités, tandis que d’autres devront composer avec la hausse des coûts des intrants énergétiques qui réduit les marges. Dans ce contexte, le soutien budgétaire continu visant à retenir la main-d’œuvre et à compenser la hausse des coûts du gaz sera essentiel pour atténuer la baisse de la demande de main-d’œuvre, mais cette dernière ne pourra vraisemblablement pas être évitée.
  • En Chine, la croissance inférieure à la tendance devrait persister jusqu’en 2023, car la baisse de confiance des consommateurs et le recul du marché immobilier pèsent sur la production. De plus, la faible croissance des exportations causée par une baisse de la demande des économies avancées contrebalancera les avantages concurrentiels que procure la faiblesse du renminbi. Cela dit, un changement d’orientation de la politique monétaire pourrait améliorer les perspectives très sombres. Par exemple, l’assouplissement accru des politiques en lien avec la COVID-19 et un soutien supplémentaire du marché immobilier pourraient contribuer à rétablir la confiance des consommateurs. Nous ne sommes toutefois pas convaincus que le gouvernement procédera à un tel changement d’orientation. Mais cette éventualité aiderait à jeter les bases d’un rebond plus solide en 2023.

États-Unis 

  • La croissance économique aux États-Unis s’est révélée décevante au premier semestre avec une contraction de 0,7 %. Ce résultat ne cadre pas avec les autres mesures de l’activité économique, comme le revenu intérieur brut, qui montrent une expansion de l’économie américaine durant cette même période. Aucune mesure n’est parfaite et la réalité se situe probablement quelque part entre les deux. Quoi qu’il en soit, le fléchissement de la demande intérieure n’a pas suffi à réduire l’inflation, qui continue d’augmenter contre toute attente. Nous prévoyons donc un resserrement monétaire plus musclé d’ici la fin de l’année. Pareillement, nous avons revu à la baisse nos prévisions de croissance économique pour 2022 (1,6 % contre 2,2 %) et 2023 (0,7 % contre 1,4 %). 
  • Face à la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, les consommateurs américains ont fait preuve de résilience. En effet, la croissance des dépenses de consommation est restée stable, aux alentours de 1,9 % au premier semestre de 2022. Les consommateurs constituent la clé d’un éventuel atterrissage en douceur. Selon nos prévisions à court terme, les dépenses se maintiendront dans une fourchette de 1 % à 1,5 % au deuxième semestre de 2022, avant de ralentir et de s’établir à 1 % en 2023, lorsque les ménages seront davantage touchés par l’augmentation des taux d’intérêt et le repli de la croissance de l’emploi. Néanmoins, l’épargne excédentaire et l’allègement de la dette étudiante (laquelle n’a pas été prise en compte dans nos prévisions) recèlent un certain potentiel haussier. 
  • Le rythme de la croissance de l’emploi en 2022 a été très soutenu et divers indicateurs laissent croire que la croissance à court terme devrait se maintenir. Cependant, le marché de l’emploi sera nécessairement affecté par le cycle rapide de hausse de taux de la Réserve fédérale américaine. La croissance de l’emploi devrait ralentir jusqu’en 2023, ce qui exercera une pression à la hausse sur le taux de chômage. Nous nous attendons à ce que le taux de chômage augmente de 150 pdb pour culminer à 5,1 % d’ici la fin de 2024. 
  • L’inflation s’avère plus persistante dans les segments des biens et des services, ce qui se traduit par une révision à la hausse des perspectives d’inflation à court terme et des attentes quant à sa persistance. L’inflation des dépenses personnelles de consommation (DPC) de base devrait toutefois reculer l’an prochain en raison de la baisse de la demande et atteindre 2,7 % sur 12 mois à la fin de 2023. Quoi qu’il en soit, elle demeurera supérieure à la cible de la banque centrale. Le retour à un taux d’inflation de 2 % devrait être encore plus lent, car les DPC de base ne devraient pas atteindre 2 % avant le début de 2025.  

Canada 

  • L’économie canadienne a progressé à un rythme de 3,3 % au deuxième trimestre de 2022, ce qui lui a permis de se démarquer à l’échelle mondiale. Depuis que les restrictions en matière de santé publique ont été levées plus tôt cette année, les déplacements ont augmenté, faisant grimper les dépenses, les bénéfices des sociétés et les revenus nominaux. Les prix élevés des produits de base stimulent également le taux d’expansion au Canada cette année. Un premier semestre solide permettra à la croissance moyenne annuelle du PIB de dépasser les 3 % en 2022, avant de ralentir pour atteindre environ 1 % en 2023.
  • Nous nous attendons à la poursuite du mouvement des dépenses axées sur les biens durables vers celles axées sur les services au troisième trimestre de 2022, à mesure que la demande accumulée en loisirs et en divertissement sera libérée. Toutefois, l’incidence de la hausse des taux d’intérêt et de l’inflation élevée se fera de plus en plus sentir sur les dépenses dans leur ensemble à la fin de 2022 et en 2023. 
  • Compte tenu du ralentissement prévu de la demande, la dynamique économique sous-jacente ne parviendra pas à générer suffisamment d’emplois pour absorber la main-d’œuvre qui fait son entrée sur le marché ou celle qui est déjà sur la touche. Ainsi, le taux de chômage devrait augmenter. D’un creux de 4,9 %, il est déjà passé à 5,4 % et on prévoit qu’il atteindra 6,5 % en 2024. 
  • La hausse des taux hypothécaires devrait continuer de nuire aux investissements résidentiels jusqu’en 2023. Les perspectives de placement dans le segment non résidentiel sont plus prometteuses, soutenues en partie par la vigueur des secteurs des produits de base et le développement de projets de ressources à long terme. 
  • Les perspectives d’inflation pour cette année ont été revues à la hausse depuis les prévisions de juin, et très peu de répit est prévu pour le deuxième semestre. En 2023, l’inflation mesurée par l’IPC devrait revenir à un niveau plus acceptable grâce à l’atténuation des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, à la baisse des prix de l’énergie et à la stagnation accrue de la croissance économique. Somme toute, l’IPC global et l’IPC de base devraient atteindre 2,6 % sur 12 mois d’ici la fin de 2023.       

 Marchés financiers

  • En raison de la demande excédentaire et des niveaux d’inflation inégalés depuis des décennies, les banques centrales ont décidé de poursuivre les hausses de taux en avançant en territoire restrictif. Nous nous attendons à ce que la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada relèvent leur taux directeur jusqu’à 4 % d’ici la fin de 2022. Les taux à court et à long terme devraient augmenter au cours des prochains mois en raison de la hausse des taux directeurs et des primes à terme, car les taux à 10 ans devraient dépasser 3,6 % des deux côtés de la frontière. 
  • Une appréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain est envisageable au cours des prochains mois si l’aversion pour le risque sur les marchés des capitaux s’estompe et si l’économie canadienne maintient son rendement supérieur sur le plan du PIB. L’euro et la livre sterling devraient quant à eux être tributaires du contexte géopolitique. Ces devises devraient encore baisser en raison de la menace qui pèse sur l’offre de gaz naturel pour l’hiver à venir. Nous sommes pessimistes à l’égard des devises des marchés émergents par rapport au dollar américain, compte tenu de la faiblesse de leurs reprises économiques respectives.

Tableaux de prévisions et recherche 


Contributing Authors 

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