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Marché de l’emploi canadien et
risque de récession à l’ère de l’IA

Rannella Billy-Ochieng’, économiste principal | rannella.billyochieng'@td.com
date publiée: 4 juin 2026

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Faits saillants

  • Le marché de l’emploi canadien s’ajuste lentement, ce qui lui a historiquement permis de mieux résister aux récessions économiques, mais cette caractéristique stabilisatrice pourrait désormais devenir une vulnérabilité.
  • Il est peu probable que l’adoption de l’IA à elle seule menace immédiatement les travailleurs. La technologie numérique changera la façon dont le travail est effectué, mais les employés continueront de jouer un rôle clé dans un monde toujours plus axé sur l’IA.
  • La phase du cycle économique dans laquelle nous nous trouvons a son importance. Les récessions ont tendance à favoriser des changements stratégiques au sein des entreprises. Lorsque la faiblesse de la demande se conjugue à l’adoption rapide de technologies permettant de réduire les coûts, les employeurs sont plus susceptibles de remanier les flux de travail et les postes, ce qui accroît le risque que les emplois perdus lors d’une récession ne reviennent pas sous leur forme initiale.
  • Lorsque les technologies remplacent des postes de façon permanente, les politiques devraient privilégier une reconversion plus rapide des travailleurs grâce à des formations de reconversion souples et abordables ainsi qu’à un développement des compétences axé sur l’humain, plutôt que le maintien des emplois, ce qui risque d’entraîner une hausse du chômage à long terme et d’aggraver les effets négatifs sur la productivité.

Le marché de l’emploi canadien s’est replié, et notre scénario de base prévoit une croissance modeste de l’emploi à court terme. En cette période de faible croissance économique, il est important de tenir compte des risques qui pourraient survenir en cas de récession. La compréhension de ces risques peut aider les décideurs à planifier de manière proactive une réponse efficace.

Au cours des récessions de l’après-guerre, le Canada a connu moins de pertes d’emplois, mais une reprise plus lente que les États-Unis. Le Canada dispose de plus de mesures de protection pour amortir les effets des récessions sur les travailleurs. Cependant, cette caractéristique stabilisatrice pourrait devenir une vulnérabilité lorsqu’une récession économique coïncide avec l’adoption de technologies permanentes permettant de réduire la main-d’œuvre, comme l’intelligence artificielle (IA) générative.

À elle seule, l’adoption de l’IA ne peut pas représenter une menace immédiate pour les travailleurs. À court terme, son impact est davantage susceptible de se traduire par une transformation des tâches et un élargissement des rôles, en particulier dans les professions fortement exposées à l’IA. Cependant, lorsque des technologies permettant de réduire la main-d’œuvre sont mises en œuvre dans un contexte économique difficile, les tendances en matière de réembauche peuvent changer, ce qui augmente le risque que les emplois perdus ne reviennent pas sous leur forme initiale. Pour les travailleurs licenciés, ce phénomène augmente le risque de périodes de chômage plus longues et d’une détérioration accrue de leurs compétences.

Lorsque les récessions coïncident avec des changements durables dans l’organisation du travail, le défi politique prend une autre dimension. Les mesures visant à amortir les chocs conjoncturels en préservant les emplois existants perdent de leur efficacité. Dans ce contexte, afin de limiter les conséquences à long terme, le plus important n’est pas tant de maintenir les emplois que de faciliter des transitions plus rapides grâce à une reconversion professionnelle adaptée, axée sur des compétences compatibles avec l’IA, ainsi qu’à des mesures visant à réduire la durée de la période de chômage. La résilience du marché de l’emploi canadien dépendra de plus en plus de la facilité avec laquelle les travailleurs pourront effectuer ces transitions.

Ajustements du marché de l’emploi au fil de l’histoire

Historiquement, le marché de l’emploi canadien a été plus résilient face aux récessions que le marché américain. En moyenne, le taux de chômage a moins augmenté au Canada, mais il s’est également redressé plus lentement (graphique 1). Ce lien transparaît dans la relation entre la production économique (PIB réel) et le chômage1. Si l’on considère que le recul du PIB est d’une ampleur similaire dans les deux pays, le marché de l’emploi canadien est moins sensible aux récessions économiques que celui des États-Unis.

Les institutions canadiennes contribuent à expliquer cet ajustement plus lent. Les entreprises aux États-Unis peuvent ajuster leurs effectifs plus rapidement grâce à un cadre juridique fondé sur le principe de l’emploi de gré à gré2. Au Canada, les protections en matière d’emploi sont plus solides et les travailleurs bénéficient d’une assurance-emploi du gouvernement uniforme. De plus, le taux de syndicalisation au Canada est deux fois plus élevé qu’aux États-Unis. L’écart de syndicalisation entre les deux pays s’est creusé, le taux de syndicalisation ayant baissé plus rapidement aux États-Unis qu’au Canada (graphique 2). 

Le graphique 1 présente les taux de chômage indexés au début d’une récession au Canada et aux États-Unis sur une période correspondant au début de la récession jusqu’à environ 28 mois après le début de celle-ci. Les deux pays connaissent une hausse dans un premier temps, les États-Unis enregistrant une augmentation plus marquée et atteignant un pic proche de 170 au bout de 10 à 12 mois, tandis que le Canada culmine à un niveau inférieur, proche de 150. Après avoir atteint leur sommet, les deux pays connaissent une baisse, mais le taux de chômage au Canada diminue plus lentement. À la fin des 28 mois, le taux de chômage au Canada demeure plus élevé qu’aux États-Unis. Dans l’ensemble, le graphique montre que le chômage au Canada revient à la normale plus lentement qu’aux États-Unis après une récession. Le graphique 2 compare les taux de syndicalisation aux États-Unis et au Canada en 1997 et en 2025. Le taux de syndicalisation diminue dans les deux pays au fil du temps, avec une baisse plus marquée aux États-Unis. Aux États-Unis, ce taux est passé d’environ 14 % en 1997 à environ 10 % en 2025. Au Canada, il diminue plus modestement, passant d’environ 31 % à environ 29 %. Dans l’ensemble, le graphique montre que, si le taux de syndicalisation diminue dans les deux pays, cette baisse est plus rapide aux États-Unis.

Ces caractéristiques institutionnelles sont importantes, car les coûts et les avantages d’un ajustement lent du marché de l’emploi dépendent de la nature du choc. Lorsque des récessions sont suivies d’une réembauche au sein de postes largement inchangés, un ajustement plus lent aide à préserver l’adéquation entre les emplois et les profils et limite les difficultés. Toutefois, lorsque la demande s’éloigne de certaines tâches spécifiques, par exemple lorsque les entreprises adoptent des technologies permettant de faire des économies de main-d’œuvre, un ajustement trop lent peut retarder la réaffectation des ressources vers les tâches et les entreprises en expansion. Les données internationales montrent que de nombreux emplois de routine perdus en période de récession ne reviennent pas, ce qui contribue aux reprises sans emploi3. Dans ce contexte, les politiques et les institutions qui ralentissent les transitions d’emploi risquent de prolonger le chômage.

Les technologies numériques transformeront structurellement les marchés de l’emploi 

Le marché de l’emploi canadien entre dans une période où les entreprises réorganisent la façon dont le travail est effectué. Ce changement touchera la plupart des secteurs de l’économie. Statistique Canada estime que près de 60 % des emplois au Canada sont exposés à l’IA, et une forte concentration d’emplois cognitifs hautement qualifiés nécessitent une formation universitaire (graphique 3)4.

À court terme, l’IA transforme les emplois en faisant évoluer les tâches qui y sont associées plutôt qu’en supprimant des postes entiers. Chaque emploi comporte de nombreuses tâches, dont la plupart nécessitent encore un jugement humain important (voir l’infographie). Pour l’instant, l’IA est davantage susceptible de compléter le travail des employés plutôt que de les remplacer. À mesure que les capacités d’IA augmenteront, les entreprises devraient réorganiser la façon dont le travail s’articule en fonction de cette complémentarité. Il s’agit d’un changement structurel dans la façon dont le travail est organisé et non d’un ajustement temporaire.

L’adoption de l’IA ne devrait pas, à elle seule, provoquer une récession au Canada. Même si certains emplois sont perdus, la technologie génère une demande pour de nouvelles tâches et stimule les investissements supplémentaires, ce qui soutient la productivité et la croissance des revenus. Même dans les professions fortement exposées à l’IA et dont la complémentarité est faible, la croissance de l’emploi est demeurée positive (graphique 4).

Le graphique 3 présente la part des professions exposées à l’IA selon le niveau d’études. On observe une corrélation entre le niveau d’études et l’exposition à l’IA. Les personnes titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme supérieur sont les plus concernées, avec un taux d’environ 85 %, et occupent souvent des postes dans lesquels l’IA sert de complément. Les personnes titulaires d’un diplôme inférieur au baccalauréat sont concernées à environ 60 %, tandis que ce pourcentage diminue pour les métiers manuels et l’apprentissage, ainsi que pour les personnes ayant un niveau d’études secondaire ou inférieur, s’établissant respectivement à environ 27 % et 38 %. Quel que soit le niveau d’études, une part importante de l’exposition concerne des postes où l’IA peut venir en complément des tâches plutôt que s’y substituer. Dans l’ensemble, le graphique montre que l’exposition à l’IA est plus élevée chez les travailleurs ayant un niveau d’études plus élevé et qu’elle est davantage susceptible d’améliorer leur travail plutôt que de le remplacer. Le graphique 4 compare la croissance de l’emploi pour l’ensemble des métiers et pour un sous-ensemble de professions fortement exposées à l’IA et dont la complémentarité est faible. Au cours de la période de trois ans s’achevant en avril 2026, la croissance totale de l’emploi devrait atteindre environ 5,5 %, tandis que celle des professions les plus exposées demeurera positive, bien que plus lente, à environ 3,5 %. Le graphique montre que, si la croissance de l’emploi est plus faible dans les professions fortement exposées à l’IA, le nombre d’emplois continue de progresser.

Pourquoi les récessions cycliques peuvent-elles accélérer l’automatisation? 

Les récessions existent bel et bien. Et lorsqu’elles surviennent, elles obligent les entreprises à repenser les méthodes de travail et peuvent accélérer les changements technologiques permettant de réduire la main-d’œuvre en diminuant le coût d’opportunité lié à la réorganisation de la production. Lorsque la demande est faible et que les pressions liées à la survie s’intensifient, les entreprises subissent moins de perturbations liées à la restructuration des processus de travail et les dirigeants recentrent leurs priorités, passant de la croissance à l’efficacité.

Les données relatives aux offres d’emploi en ligne aux États-Unis pendant la crise financière mondiale montrent que les entreprises des marchés de l’emploi les plus durement touchés ont revu à la hausse leurs exigences en matière de compétences et repensé les postes de manière à s’inscrire dans une restructuration axée sur la technologie plutôt que dans une réduction temporaire des effectifs5. Fait important, ces changements ont persisté au cours de la reprise, ce qui donne à penser que les récessions peuvent favoriser la réaffectation permanente des tâches, et pas seulement mettre en pause l’embauche. En effet, les entreprises réduisent leurs coûts et améliorent leur efficacité pour assurer leur survie.

L’infographie illustre la part des tâches que les GML peuvent accomplir, groupées par le niveau d’intervention humaine requis. La plus grande part, soit 42,5 %, concerne les tâches pour lesquelles l’IA présente une complémentarité moyenne à élevée avec les travailleurs humains. En outre, 30 % des tâches présentent une complémentarité élevée, l’IA soutenant et améliorant l’apport humain. Environ 10 % des tâches sont classées comme quasi indépendantes, ce qui signifie que l’IA peut les effectuer avec un minimum d’intervention humaine. Pour l’instant, les 17,5 % restants des tâches ne peuvent pas être effectués par l’IA. Dans l’ensemble, le graphique souligne que la plupart des tâches liées à l’IA nécessitent encore une intervention humaine significative, les capacités d’autonomie totale restant limitées.

La numérisation amorcée pendant la pandémie de COVID-19 est un autre exemple de la capacité des entreprises à s’adapter rapidement pour survivre dans un contexte de contraintes strictes. Les entreprises ont été obligées de repenser leur façon de fournir les biens et les services, ce qui a stimulé l’innovation et l’automatisation. Les efforts ont été menés par des secteurs traditionnellement à faible productivité qui ont accru l’efficacité en faisant plus avec moins.

L’effet composé : l’adoption de l’IA en période de récession

Les exemples historiques de déplacement massif de main-d’œuvre montrent que les pertes d’emploi liées aux changements structurels ne se résorbent pas toujours d’elles-mêmes à mesure que l’économie se redresse. Lorsque des travailleurs sont démis de leurs fonctions parce que celles-ci ne répondent plus aux besoins des employeurs – comme ce fut le cas lors des crises passées dans le secteur manufacturier – les pertes d’emploi peuvent s’avérer durables, en particulier lorsque certaines compétences deviennent obsolètes.

L’IA s’inscrit dans une tendance courante de changements technologiques visant à économiser de la main-d’œuvre. Toutefois, contrairement à de nombreux gains de productivité passés axés sur le travail physique ou axé sur les processus, l’IA est plus efficace pour effectuer des tâches cognitives et administratives de routine. Dans une économie de plus en plus dominée par les services, cette situation exerce des pressions d’ajustement sur un plus large éventail d’emplois de cols blancs.

Cette distinction est particulièrement importante en période de récession. Lorsque les entreprises adoptent l’IA dans un contexte de faible demande, elles sont moins susceptibles d’avoir le même besoin de ces postes une fois que les conditions se seront améliorées. Dans ce contexte, les récessions font plus que suspendre l’embauche; elles la transforment. À mesure que l’économie se redresse, de nouveaux postes sont créés, mais ces derniers ont tendance à concerner principalement des fonctions liées aux nouvelles technologies. Pour les travailleurs licenciés, cela augmente le risque que les pertes d’emploi perdurent, ce qui accroît la probabilité de périodes de chômage plus longues et d’une perte de compétences.

Les études : un rempart contre la récession

Les changements technologiques ont généralement favorisé les travailleurs hautement qualifiés. On estime que 80 % de l’augmentation de l’avantage salarial lié au diplôme universitaire s’explique par l’automatisation, qui entraîne la suppression de certaines tâches6.  

Les études supérieures ont également longtemps constitué un rempart contre les pertes d’emploi. Les données d’Emploi et Développement social Canada (EDSC) montrent que pendant la crise financière mondiale, le taux de chômage des personnes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires a augmenté près de trois fois plus que celui des personnes qui ont suivi des études universitaires7. Leur reprise a été limitée, même trois ans après le choc. Parmi les travailleurs qui ont perdu leur emploi, les employés titulaires d’un diplôme universitaire avaient cinq points de pourcentage de chances en plus d’être réembauchés à court terme que ceux qui n’en avaient pas8.

Les travailleurs titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur sont avantagés dans un monde où l’IA occupe une place prépondérante, mais cet atout doit s’accompagner d’un renforcement accru des compétences et de l’adaptabilité. Les travailleurs devront faire preuve d’agilité, être capables d’apprendre et avoir recours à des compétences axées sur l’humain (p. ex. faire preuve d’un grand jugement, s’intéresser aux enjeux sociaux et aux communications) pour s’ouvrir des portes lorsque les occasions se font rares. L’écrasante majorité des travailleurs canadiens a suivi des études collégiales et est bien placée pour relever ce défi. Les technologies d’IA ont le potentiel de favoriser les travailleurs qui possèdent ces compétences complémentaires. Les données de l’OCDE montrent que le Canada est en tête des pays du G7 pour ce qui est de la concentration des talents en IA9. Ce stock de capital humain donne à penser que le pays dispose des talents nécessaires pour tirer son épingle du jeu.

Mesures politiques visant à accompagner les travailleurs licenciés et à limiter les effets négatifs

Les politiques actives du marché de l’emploi canadien encouragent les travailleurs licenciés à se reconvertir ou à améliorer leurs compétences. Toutefois, une étude de Statistique Canada sur la façon dont les travailleurs licenciés ont réagi aux pertes d’emploi a montré que trois travailleurs licenciés sur quatre qui n’ont pas trouvé d’emploi au cours de l’année suivant la perte du leur n’ont pas envisagé de stratégies d’adaptation (graphique 5)10. Il est essentiel de veiller à ce que les travailleurs profitent des possibilités de reconversion ou de perfectionnement professionnel.

Le graphique 5 présente la part des travailleurs licenciés qui ont eu recours à au moins une stratégie d’adaptation après une perte d’emploi de 2010 à 2014. La stratégie d’adaptation comprend la création d’une entreprise, le déménagement dans une autre région, la reprise des études ou l’inscription à un programme de formation. La part passe d’environ 23 % en 2010 à un sommet d’environ 27,5 % en 2011, avant de diminuer graduellement pour atteindre un peu plus de 25 % en 2012 et environ 24 % en 2013 et en 2014. Dans l’ensemble, le graphique indique que la plupart des travailleurs licenciés n’ont pas eu recours à une stratégie d’adaptation dans les années suivant une perte d’emploi.

Il s’agit là d’un enjeu important, car les enseignements tirés des récentes récessions économiques indiquent que les mesures de maintien de l’emploi et les aides au revenu peuvent, involontairement, retarder l’ajustement lorsque le choc sous-jacent est de nature structurelle plutôt que cyclique. Les évaluations de l’OCDE concernant les politiques mises en œuvre pendant la pandémie de COVID-19 soulignent que, si les aides au revenu et le partage du temps de travail ont permis de préserver les emplois à court terme, elles ont également montré que, maintenues trop longtemps ou appliquées de manière trop large, ces mesures ralentissaient la réorientation des travailleurs vers d’autres tâches à mesure que les anciennes disparaissaient10. Autrement dit, lorsque les évolutions technologiques réduisent de manière permanente la demande de main-d’œuvre dans certains postes, les politiques qui privilégient le maintien de l’emploi plutôt que la reconversion risquent d’aggraver le chômage à long terme et d’entraîner des pertes durables de productivité.

Afin d’aider les travailleurs licenciés à remettre le pied à l’étrier, les gouvernements doivent proposer des parcours de reconversion simples et axés sur les compétences précises recherchées par les employeurs. Les modalités de dispense de la formation ont également leur importance, car de nombreux travailleurs renoncent aux possibilités de formation continue en raison de contraintes financières, horaires et familiales. Fait crucial, les travailleurs qui peuvent combiner leurs connaissances tacites (p. ex. expérience et intuition) et leurs connaissances officielles codifiées (p. ex. apprentissage par la lecture) sont mieux armés pour faire face aux mutations. Les travailleurs doivent s’appuyer sur des compétences essentielles axées sur l’être humain pour s’ouvrir de nouvelles perspectives. Être humain avant tout constitue un avantage certain.

Les entreprises ont également un rôle à jouer dans la gestion de ce changement. L’établissement d’une culture de confiance, de transparence et d’engagement aidera un plus grand nombre de travailleurs à saisir les occasions et à accroître leurs compétences à mesure que les capacités technologiques se développeront. 
Sans soutien adéquat, de nombreux travailleurs licenciés quitteront le marché de l’emploi. En fin de compte, cela pourrait réduire les avantages dont nous pourrions bénéficier si tous les travailleurs mettaient pleinement à profit leurs compétences au service d’une économie plus productive.

Conclusion

La capacité de longue date du Canada à atténuer les chocs du marché de l’emploi peut être moins résiliente dans un contexte où les entreprises sont forcées de faire des choix difficiles pour assurer leur survie. Si l’adoption de l’IA ne constitue pas, à elle seule, une menace immédiate pour la main-d’œuvre canadienne, une récession combinée à l’essor de technologies permettant de réduire les coûts pourrait inciter les entreprises à transformer durablement leurs modes de fonctionnement. Comme les tensions économiques forcent les entreprises à faire des choix difficiles, certaines pertes d’emplois pourraient être définitives.

La population canadienne jouit d’un bon niveau d’éducation et est en mesure de relever ce défi. Certains travailleurs peuvent même tirer parti de cette situation. Les mesures de soutien doivent être ciblées pour accompagner la reconversion des travailleurs licenciés et limiter au maximum les sorties du marché de l’emploi.  Les enjeux sont élevés et une intervention précoce aidera à limiter les dommages à long terme sur les emplois.

Notes de fin

  1. La loi d’Okun découle des travaux d’Arthur Okun. Il s’agit d’une règle empirique simple qui quantifie la façon dont les déficits de production économique se traduisent par une hausse du chômage au cours des cycles économiques.
  2. L’emploi de gré à gré est un régime juridique de l’emploi dans le cadre duquel un employé peut démissionner en tout temps et l’employeur peut licencier un employé pour toute raison et en tout temps, sauf pour des raisons illégales. Tous les États, à l’exception du Montana, autorisent l’emploi de gré à gré, à condition que les motifs invoqués n’incluent pas de discrimination illégale (fondée sur la race, le sexe, l’âge [40 ans et plus], le handicap, les renseignements génétiques, le signalement de pratiques dangereuses sur le lieu de travail ou le refus de se livrer à des activités illégales) https://www.usa.gov/termination-for-employers https://www.law.cornell.edu/wex/at-will_employment Source : Cornell University et le gouvernement des États-Unis.
  3. Job Polarization And Jobless Recoveries, NBER Working Paper No. 18334; Review of Economics and Statistics (2020) https://www.nber.org/system/files/working_papers/w18334.pdf
  4. Statistique Canada, Estimations expérimentales de l’exposition professionnelle potentielle à l’intelligence artificielle au Canada, 2024 https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/11f0019m/11f0019m2024005-fra.pdf?st=q2yzNxDm
  5. Hershbein, B. et Kahn, L. (2018). Do Recessions Accelerate Routine Biased Technological Change? Evidence from Vacancy Postings 
  6. Task, Automation and the rise in income inequality. Acemoglu & Restrepo (2022)
  7. EDSC – Rapport de contrôle et d’évaluation de l’assurance-emploi 2012, Chapitre 1 : Contexte du marché du travail https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/programmes/assurance-emploi/ae-liste/rapports/controle2012/Chapitre1.html
  8. Statistique Canada, Les travailleurs mis à pied au cours des trois dernières récessions : qui étaient-ils et quels résultats ont-ils obtenus? https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/11f0019m/11f0019m2011337-fra.pdf?st=i7lZj4F9
  9. OCDE.AI (2026), données du graphique économique LinkedIn, dernière mise à jour le 6 mars 2026, consulté le 5 juin 2026, https://oecd.ai/fr/
  10. Organisation de coopération et de développement économiques (2020), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2020 : Crise du COVID-19 et protection des travailleurs https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2020/07/oecd-employment-outlook-2020_19b4fc0d/1686c758-fr.pdf
     

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