Conséquences de l’inflation au Canada:
les familles à revenu moyen sont les plus durement touchées

James Marple, vice-président associé | 416-982-2557

Rannella Billy-Ochieng, économiste principale

Date Published: 18 août 2022

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Faits saillants

  • L’inflation a finalement reculé en juillet avec la baisse du prix de l’essence, mais elle demeure à un niveau élevé de 7,6 %, ce qui fait que les ménages canadiens continuent de ressentir les effets de la hausse des prix. 
  • La part des dépenses des ménages à revenu moyen affectée au transport et à l’alimentation fait en sorte que ce groupe est le plus touché par l’inflation. Le taux d’inflation moyen pour ce groupe s’est établi à 8,1 % sur 12 mois pour le trimestre clos en juillet 2022, ce qui est supérieur au taux d’inflation global de 7,8 % sur 12 mois pour la même période.
  • La hausse des coûts incite les familles à modifier leurs dépenses, une tâche plus facile pour les ménages dont la part des dépenses discrétionnaires est plus importante.
  • Plus l’inflation demeurera élevée sur une longue période, plus elle menacera de nuire au bien-être de tous les groupes de revenu au Canada.
Graphique 1: Les pressions inflationnistes sont généralisées

Les ménages canadiens sont de plus en plus touchés par l’inflation qui ravage l’économie. L’indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 7,6 % sur 12 mois en juillet, ce qui est nettement supérieur à la cible de 2 % de la Banque du Canada. Le rapport sur l’inflation de juillet a fait état d’un léger ralentissement par rapport au mois précédent (8,1 %) en raison de la baisse du prix de l’essence, mais il s’agit tout de même du septième mois d’affilée où le niveau est supérieur à 5 %.

En raison des pressions généralisées sur les prix, la grande majorité des Canadiens sont confrontés à une inflation élevée (graphique 1). Toutefois, si l’on examine le panier de consommation des ménages tous revenus confondus, on constate que les familles à revenu moyen sont les plus durement touchées. 

Les prix du transport et des aliments sont les principaux facteurs à l’origine de l’inflation élevée. Ensemble, ils représentent environ la moitié de la croissance des prix au cours de la dernière année, une proportion nettement supérieure à leur pondération dans le panier de consommation. La portion plus élevée de leurs dépenses en alimentation et en transport par rapport aux autres groupes de revenu explique en grande partie le taux d’inflation plus rapide auquel sont confrontés les ménages à revenu moyen.

Les estimations de l’inflation par groupe de revenu sous-estiment probablement les pressions sur les prix qui se font sentir à l’extrémité inférieure de l’échelle des revenus, car elles ne tiennent pas compte des variations de la consommation en réaction à la hausse des prix. Étant donné que leur part des dépenses en biens de première nécessité est supérieure à celle des ménages à revenu élevé, les ménages à faible revenu sont plus vulnérables à l’inflation élevée.

C’est le groupe des ménages à revenu moyen qui a été le plus touché par l’inflation dans les transports

L’inflation pèse sur toute la population, mais des habitudes de consommation différentes font en sorte que certains y sont plus exposés que d’autres. Les ménages à revenu moyen ont eu à composer avec le taux d’inflation le plus élevé, soit 8,1 % (sur 12 mois) en moyenne, pour le trimestre clos en juillet 2022 (graphique 2). Selon l’Enquête sur les dépenses des ménages (menée en 2019), ces familles consacrent habituellement près du cinquième de leur budget au transport (19,4 %), soit le pourcentage le plus élevé parmi les groupes de revenu.

Graphique 2 : Les ménages à revenu moyen doivent composer avec des taux d’inflation plus élevés Graphique 3 : Les coûts du transport privé ont augmenté plus rapidement que ceux du transport en commun

Bien que nous n’ayons pas de données plus récentes sur les dépenses par groupe de revenu qui nous permettraient de déterminer avec certitude l’évolution de la consommation durant la pandémie, ces pondérations ont probablement augmenté. En raison des préoccupations accrues sur le plan sanitaire, les gens ont préféré se déplacer en voiture et ont évité le transport en commun. En même temps, les perturbations au sein des chaînes d’approvisionnement ont réduit la capacité du secteur de l’automobile à produire des véhicules, ce qui en a fait grimper les prix. 

Plus important encore, les prix de l’essence ont monté en flèche au cours de la dernière année. Après le recul de juillet, ils ont progressé de 35,6 %. La hausse des coûts du carburant et des automobiles a représenté plus de 30 % de l’augmentation de l’inflation sur 12 mois en juillet. Ces pressions sur les prix ont fait en sorte que le transport privé est comparativement plus cher que le transport en commun (graphique 3), ce qui touche principalement les ménages à revenu moyen.

La hausse du prix des aliments a essentiellement touché les ménages à faible revenu

La hausse des coûts de transport se reflète également sur le panier d’épicerie, ce qui, combiné aux épisodes de sécheresse et à la guerre en Ukraine, a entraîné une forte hausse du prix des aliments. L’inflation des produits alimentaires a montré peu de signes de ralentissement, s’accélérant pour atteindre 9,2 % (sur 12 mois) en juillet. Les familles des deux quintiles de revenus les plus faibles dépensent habituellement plus pour l’alimentation que les autres groupes. En raison de la hausse des prix, une personne sur cinq au Canada s’attend à recevoir de la nourriture et des repas d’un organisme communautaire1. La part des dépenses en alimentation des ménages à revenu moyen est presque aussi importante que celle des ménages à faible revenu, ce qui les rend également vulnérables.

L’inflation des coûts du logement a touché les propriétaires, et la pression se déplace vers les locataires

Au Canada, on paie plus cher qu’avant pour se loger. Le coût du logement constitue la plus grande dépense pour la plupart des familles. Les ménages à faible revenu dépensent habituellement beaucoup plus pour le logement que les autres groupes de revenu et sensiblement plus pour la location (graphique 4).

Graphique 4 : Ce sont les ménages à faible revenu qui dépensent le plus pour le loyer Graphique 5 : Le coût du logement en propriété a grimpé plus rapidement que les loyers

Toutefois, au cours des deux dernières années, l’inflation des coûts du logement a été plus forte pour les logements en propriété (graphique 5), frappant davantage les ménages à revenu élevé. Cela pourrait toutefois changer. Le resserrement de la politique monétaire a entraîné un repli rapide des marchés du logement partout au Canada. La hausse des taux hypothécaires a certes compensé cet effet, mais l’IPC des logements en propriété a diminué pour s’établir à 6,3 % en juillet (contre 6,7 % en juin), tandis que l’inflation des loyers a grimpé pour atteindre 4,9 % (contre 4,3 % en juin). La hausse de l’inflation des loyers par rapport à celle des logements en propriété alourdira encore davantage le fardeau ’inflationniste qui pèse sur les ménages à faible revenu. 

Les ménages à revenu élevé peuvent plus aisément modifier leur consommation

L’analyse ci-dessus est fondée sur une analyse statique de la consommation des ménages Graphique 6 : La hausse du coût des articles essentiels a fait grimper l’inflation tirée d’un sondage effectué avant la pandémie. Les habitudes de dépenses ont changé durant la pandémie, surtout en période de confinement : les ménages ont augmenté leurs dépenses liées au logement et à leur fonctionnement et ont réduit leurs dépenses en transport, en vêtements et en loisirs. Toutefois, les habitudes de dépenses au cours de la dernière année laissent entrevoir un retour aux normes antérieures.

De plus, les ménages peuvent réduire leurs dépenses en biens dont le prix augmente le plus rapidement, bien que certains changements soient plus difficiles à opérer que d’autres2. Plus la part des dépenses discrétionnaires est importante, mieux les ménages peuvent composer avec le taux d’inflation auquel ils sont confrontés.

Malheureusement, plus de 70 % de la croissance des prix au cours de la dernière année a touché des articles essentiels pour lesquels les dépenses sont plus difficiles à réduire (graphique 6). Comme ces articles essentiels deviennent plus chers, le fait d’en faire une priorité peut forcer les ménages à plus faible revenu à sabrer d’autres dépenses. Cette tendance est d’ailleurs corroborée par la plus récente enquête sur les attentes des consommateurs réalisée par la Banque du Canada, qui montre que plus de la moitié des répondants à faible revenu prévoient réduire leurs dépenses au cours de la prochaine année en réaction à la hausse de l’inflation2.

En conclusion

L’inflation élevée nuit à tous, mais compte tenu de la part relativement plus élevée des dépenses en alimentation et en transport du côté des ménages à revenu moyen, ceux-ci sont probablement confrontés aux taux d’inflation les plus élevés. Heureusement, certains signes montrent que la situation évolue dans la bonne direction. Les prix de l’énergie ont reculé ces derniers mois et les pénuries mondiales semblent s’atténuer. À mesure que se résorbent ces enjeux, les répercussions disproportionnées sur les familles à revenu moyen devraient diminuer’. Plus tôt l’inflation renouera avec la normale, mieux ce sera pour les Canadiens de tous les milieux

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